Il n'est pas mort car il est short encore !

Apparemment, les dernières vidéos rencontrent un grand succès. Et celle sur le jeu en shortstack est même l'object d'un thread sur wam-poker.


Commençons par revenir sur cette dernière :

Je ne dénigre pas Harrington ou ses bouquins. C'est tout de même ce qu'on trouve de mieux sur le poker de tournoi. Et de très loin. Moi-même, je lui dois beaucoup. Par contre, je lui reproche de trop attirer l'attention sur la gestion de sa profondeur de tapis. Au détriment, souvent, des autres critères qui doivent entrer en ligne de compte dans une décision. Je suis bien sûr persuadé que telle n'était pas son attention. Mais c'est ce que beaucoup de joueurs retiennent pour l'essentiel de ses livres quand on aborde le jeu shortstacked en particulier. Comme si, tout à coup, le fait de voir son M descendre sous les 5 rendait les joueurs sourds et aveugles (et, parfois, même, décérébrés).

Or, il y a énormément de finesse dans le jeu shortstack. Evidemment, pas dans le sens ou vous allez chercher à lire la main adverse ou à le manipuler postflop. Cela n'existe plus quand on est shortstack : le seul move correct est le push. Toute la finesse réside dans la sélection de l'instant. De la position à attaquer. De la main nécessaire. Ou suffisante.

Croyez-moi, c'est de l'orfèvrerie : on travaille au blind près. En intégrant de plus en plus de critères au fur et à mesure. En anticipant autant que possible. Totalement à l'opposé du "push any 2" qu'on entend trop souvent. Même si, parfois, en effet, on en arrive au "push any 2". Parce que la situation le permet. Ou parce qu'on ne peut plus faire autrement (soit qu'on n'a pas pu rester en phase avec la structure du tournoi; soit qu'on n'a pas su le faire --> et c'est plus souvent ce second cas).


C'était tout l'objectif de la vidéo que j'avais postée : prendre une situation extrême, où on ne dispose quasiment d'aucun "spot" convenable vu les masses à la table, et montrer que, même en devant laisser filer ses jetons, il ne fallait pas désespérer.

Dans la plupart des cas, le jeu en shortstack sera bien plus simple : un tapis sur vos bons spots (oui, ça, c'est le plus délicat à déterminer) ou chaque fois que vous avez une bonne main en attendant que ça finisse par énerver quelqu'un qui vous paiera avec une main inférieure et vous fera doubler. Mais cette conclusion implique déjà que, dès le départ, vous ayiez en main un potentiel suffisant pour être le dominant (ou au moins avoir une bonne cote). Un postulat à l'opposé du "any 2".


Essayez donc de vous représenter en permanence avec quel "hand range" chacun de vos adversaires est susceptible de vous payer. Repensez-y et ré-évaluez leurs exigences à chaque main que vous jouez. Selon l'évolution de votre tapis. De leurs tapis. Un joueur que vous avez relancé 5 fois de suite et/ou vient de doubler son stack sur un autre n'a plus rien à voir avec celui que vous connaissiez il y a 15mn...

Je n'ai aucune solution magique à proposer. Pas même une échelle de mains. Justement car les facteurs en jeu sont infinis. Et en perpétuelle évolution. Le fait est que, plus je me retrouve short, plus ces situations me deviennent familières. Plus j'intègre de nouveaux paramètres. Mieux je comprend leurs petites variations. Et je serai sans doute encore dans 10 ans à m'améliorer tant l'exercice semble sans fin. Car je suis comme tout le monde : je me fais encore avoir. De temps en temps. De moins en moins souvent, certes; mais cela arrive. Et, le plus souvent, c'est parce que, quelque part au fond de moi, je jette l'éponge et envoie le tapis sans trop réfléchir. Sans assez réfléchir. (le reste, c'est un adversaire avec AA/KK/AK dans les blinds en général que je ne peux suckouter. Ca, personne n'a de recette miracle...)


Un dernier point : utilisez le calcul en blinds dès que votre M atteint 5. Je sais, ça peut paraître con vu que les deux systèmes sont équivalents. Mais, dans la réalité, le raisonnement en big blinds est bien plus avantageux :



  • compter en blinds dédramatise la situation. 10BB, c'est pépère, on gère. 8BB, on a encore du temps. 7, ça va, on peut passer les blinds. 6, on commence à relacher. 5, ok, là, va falloir y aller, hein. 4, t'as vraiment une raison de ne pas y aller ? 3, ok, it's now or never ! 2, ferme les yeux et prie pour toucher un monstre... Dans l'absolu, ne descendez pas sous les 5. Ou seulement car vous avez un spot en or massif qui peut attendre que vous soyez à 3-4. Avant chaque main, respirez, comptez vos blinds et prévoyez déjà ce que sera votre action probable dans cette situation.

  • compter en blinds donne une meilleure image de sa propre fold equity. C'est l'échelle de mesure la plus simple. C'est aussi, probablement, la plus fiable car celle qui se rapproche le mieux du raisonnement qu'aura votre adversaire le plus souvent. Un excellent joueur va considérer la cote du call et ensuite juger sa main selon votre hand range. C'est l'exception. Le joueur lambda, il regarde sa main puis il compte ce que ça lui coûte (et c'est d'ailleurs pourquoi il vaut mieux ne jamais descendre sous les 5BB : c'est supérieur aux relances qu'un joueur moyen est habitué à payer avec des mains marginales. A 4BB, il est déjà en territoire connu. Et des relances à 3BB, il en paie toutes les trois minutes)

  • Enfin, le comptage en tours, que permet plus facilement le "M", est inapproprié quand on est shortstack. On n'a plus ce luxe. On compte sa survie en mains. "Encore 4 mains avant le BB". "Putain! Putain! Putain! Mon meilleur spot est dans 6 mains". Vous êtes en mode survie, vous crevez la dalle; vous ne réfléchissez pas au resto où vous irez dîner dans trois semaines avec votre blonde (ouais, j'ai des lecteurs canadiens, faut aussi penser à eux ;)). Mais vous êtes obsédés par l'idée de savoir si vous allez pouvoir manger aujourd'hui. Tant pis si ce n'est qu'un sandwich ou une biscotte. C'est maintenant ! Et pas dans deux tours de blinds. Mais, maintenant, ça peut être là. Ou dans 1, 2 ou 3BB de moins. Penser en BB et pas en M facilite grandement ce genre de raisonnement. Vous avez bien assez à réfléchir sans vous imposer en plus de calculs au résultat peu parlant : entre un M de 4.1 et un M de 4.5, quelle différence ?


Voila, je ne vais pas débattre plus. C'est bien assez long comme ça. Et il est temps de vous présenter le "petit" bonus vidéo du jour (non, ce ne sera pas une habitude. Ca m'amuse beaucoup de le faire en ce moment, et ça m'aide aussi à mieux comprendre mon jeu et ses erreurs, mais c'est tout de même un bouffe-temps incroyable).

C'est la vidéo d'un tournoi joué ce matin sur Pokerstars. Après un rush inutile de cartes en début de tournoi, je vais subir un très long passage à vide. Pas de panique, la structure à 3000 jetons donne énormément de marge. Mais je vais ensuite devoir gérer une longue session en shortstack. Celle-ci est toutefois très différente de la précédente , beaucoup, beaucoup plus active. La différence ? De bons spots à ma gauche, en nombre. Et des joueurs faibles à ma droite pour me simplifier la vie. L'inverse donc. Ajoutez quelques bonnes mains. Et vous avez un passage de 2BB (accident) à Top 10.

Vous trouverez le fichier ici : http://www.megaupload.com/?d=G25MM4S7
(peut-être y aura-t-il un mirror à venir, je ne sais pas. La vidéo est un peu plus lourde que les précédentes, 156Mo et encore ai-je dû réduire la taille de l'image. Si cela vous pose un souci, exprimez-vous, je ferai un encodage moins qualitatif mais plus light)


Et, la prochaine fois, vous aure le droit à un $55 (le Daily Fifty) avec du beau jeu. Et du moins bon. Yé né soui pas ouné machiné !

Vous savez quoi ? Ce sera tout ce kipik qui se couche exceptionnellement avec les poules pour aujourd'hui.

  1. gravatar

    # by yannick - 3:49 PM

    Merci pour cette video tres interessante!

  2. gravatar

    # by Anonyme - 6:57 PM

    Salut Kipik, j'adore regarder tes vidéos et en plus grâce à toi mon jeu en short stack s'est grandement amélioré(mon jeu tout court aussi d'ailleurs) donc je te remercie, tu peux nous en mettre autant que tu veux lol.

    kev50

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