Prudence est (aussi) mère de tournois chiants

Mais si on vous a dit que jouer en tournoi était amusant, on vous a menti.

Ceci dit, un petit hors-sujet :
si vous utilisez mon adresse kipik @ vous savez quoi dot net, j'ai des soucis avec. Pour une raison inconnue, je ne recevais plus mon courrier. C'est corrigé, allez savoir pourquoi, mon password avait changé. Pour une raison encore plus mystérieuse, je ne peux pas répondre via cette adresse.

Pas grand chose de neuf depuis le WBCOOP. Quelques tournois sans grand intérêt ni performance quelconque. Mais, pour la seconde semaine de suite, je suis contraint de jouer très peu car cette putain de merde que j'avais choppée s'est transformée en bronchite. Ca va mieux mais... à peine deux jours de répit sur dix, c'est pas lourd. Et ce n'est pas encore la grande forme, je suis surtout très très fatigué (pas non plus un physique à "réserves" ;) ). Pour autant, le moral est super bon, deux jours de poker seulement avec la totalité de mes moyens et une bonne TF, c'est déjà pas mal.

Evidemment, je devrais ne pas jouer du tout les autres jours. Mais j'ai du mal à ne pas faire un ou deux tournois au moins... "pour voir". Pas malin malin mais tant pis.


Un petit point aussi sur la vidéo du $215 : je devais détailler certaines mains à problème. Mais pas le courage, là. Peut-être plus tard...

Quoi qu'il en soit, j'ai lu hier un truc d'un lecteur qui m'a "ennuyé'. Et ça déborde largement du cadre de ce $215 pour rentrer dans le stratégie de fond en tournoi. Les vols ciblés, les resteals, les push sur short en bubble, les isolation raises avec poubelle pour profiter de la cote, floating, stop n go, etc etc etc sont tous de très beaux moves qu'on doit arriver à maîtriser. Mais ce sont aussi des moves délicats et dangereux qu'il vaut mieux manier avec modération. Et même éviter comme la peste si on n'est pas sûr de soi.

On peut gagner un tournoi sans aucun de ces moves. Il n'y a qu'à voir Chesskidd qui a cartonné le classement sur PokerStars la semaine dernière (beaucoup de ses hand history sont dispos sur PXF). Voila un garçon qui joue super tight. Avec très peu de moves. Mais qui, bien sûr avec un bon run de cartes (mais de toutes façons, ne vous leurrez pas, moves ou pas moves, un tournoi ne se gagne pas sans une distribution favorable), s'en sort plus que bien. Enormément de discipline, l'agression qu'il faut quand il faut... ça n'est pas très "beau" à regarder. Mais qu'est-ce que c'est efficace!

Il faut bien comprendre que tous ces moves impliquent un risque. Et, donc, plus de variance aussi. C'est déjà vrai pour celui qui les maîtrise à la perfection (même si, chez lui, ça compensera souvent un bad run en cartes). Ca le sera bien sûr encore plus pour celui qui manque de maîtrise (c'est à dire, en gros, la très grande majorité des joueurs - moi compris).

Sans compter que l'essentiel n'est pas dans le move. Mais dans son timing. Quasiment toute la veleur de la main est en effet dans la fold equity dont on dispose. Si votre adversaire ne fold pas assez souvent, que ce soit parce qu'il est serré et ne peut qu'avoir une bonne main ou parce que c'est un idiot congénital qui ne sait pas coucher une main, votre move sera globalement perdant (et, de façon ironique, que vous le fassiez avec une bonne main ou la pire des poubelles n'y change pas grand chose). Si votre adversaire se couche trop souvent sur une surelance, n'importe quelle main, à n'importe quel moment fait l'affaire. S'il ne se couche pas assez souvent, aucune main, à aucun moment, ne permet de move (mais toute main légitime sera la bienvenue ;) ). Entre les deux, la marge est grande. Et pas toujours facile à déterminer. Mais c'est ce qui fait toute la différence entre un excellent joueur et un joueur correct...

Tachez d'en tenir compte la prochaine fois que vous envisagerez un "move" (et, en particulier, un resteal). Oubliez cinq minutes votre main et ses chances si vous êtes payé. Si vous êtes payé, vous allez perdre des jetons. Tout simplement. Et toute l'inconnue de l'équation est de savoir si vous avez une fold equity suffisante pour gagner plus, quand il se couche, que ce que vous allez perdre quand il paie.

Plus votre fold equity est faible, plus vous serez payé et devrez donc éviter le "move" pour en rester à un poker plus basique où la valeur de la main vient d'abord des cartes.

Hélas pour nous, c'est par exemple très souvent le cas dans les tournois à faible buy-in. Je ne ferais par exemple jamais sur un $33, ou même un $55, y compris à la bulle, ce que j'ai fait à la bulle du $215 (et la bulle du $215, ça commence quasiment à 2000 joueurs restant pour 900 payés...). Ce serait du suicide. Chaque tournoi, chaque table, présente des conditions particulières dont il faut profiter. Parfois, sur le Sunday par exemple, vos adversaires sont trop passifs, vous rendant trop de fold equity (mais c'est, hélas, rarement le cas). Sur d'autres, ce sera des limpers compulsifs dont vous pourrez abuser en relançant des mains marginales. Et je vais arrêter là les exemples, ils sont infinis.

Mais évitez juste de tenir des raisonnements basiques comme "le bouton raise, il peut avoir n'importe quoi, j'ai A6 au SB, main correcte, je push". C'est probablement correct. Mais...

  • Mais cet adversaire se couche-t-il facilement ? Si vous ne l'avez pas encore vu se coucher sur une surelance et s'il n'a relancé du bouton que deux fois sur les 8 derniers tours de table, vous feriez mieux d'oublier votre main "correcte". Il faudra un peu plus. S'il ne paie votre tapis qu'avec {QQ+, AK} mais relance une fois sur deux du bouton, vous n'avez pas besoin d'avoir une main correcte. N'importe quelle main fera l'affaire.
  • Et les tapis sont-ils suffisants pour espérer qu'il se couche raisonnablement assez souvent ? S'il vous reste 8 ou 9 BB, par exemple, il peut vous sentir désespéré et payer avec quasiment n'importe quoi. S'il est plutôt short, il peut aussi se laisser tenter par un gamble.

Il n'est déjà pas toujours facile de mettre ses adversaires sur des hand range. Et nettement plus dur d'affiner ces hand range. Mais estimer avec précision sa fold equity peut se révéler encore plus délicat. Dans le doute, et en particulier si vous jouez des tournois à faibles buy-ins, partez du principe que votre fold equity est faible. Et, donc, restez à l'écart de la plupart des moves qui se basent dessus pour être gagnants (+ev). Vous ne vous en porterez que mieux à long terme...

Et ce sera tout ce kipik, qui s'en retourne sous la couette soigner cette vilaine bronchite, pour aujourd'hui

  1. gravatar

    # by Alexjean15 - 11:37 AM

    Cà y est, je viens de finir de lire ton blog en intégral.
    Manque plus que les vidéo.
    Bravo et merci à toi de nous faire partager ta vie pokerienne.
    Tes écrits sont trés instructifs et ton blog est trés facile à lire.
    GG à toi pour la suite, que la chatte soit avec toi et à bientôt sur le forum du CP.

  2. gravatar

    # by Anonyme - 2:20 PM

    Salut kipik,

    Bon et bien je suis en train de me faire la vidéo du Sunday Million où tu perf' pas mal. Je n'en suis qu'à la fin du premier 1/3 et pourtant j'ai déja trouvé tout un tas de conseils précieux et très instructifs sur le jeu deep stack en début de torunoi.

    Par contre je me posais une question: a la main 21 tu reçois A5os au SB et tu décides de limper. Le flop t'apportes une middle pair (de 5) que tu bet tout de suite afin de protéger cette main "fragile". Ensuite tu pars sur un "discours" très intéressant sur ta manière de jouer dans ce début de tournoi qui consiste à jouer essentiellement des petits pots et le plus souvent "IP" afin de ne pas prendre trop de risque et monter un stack tranquillement, jusqu'a attendre le bon set up où tu pourras essayer de ramasser un gros pot....ma question: cette stratégie de début de tournoi s'appele t-elle bien le "poker small-ball"??? Si non, sais tu , stp, ce qu'est le poker small-ball??

    Merci d'avance pour toute réponse de ta part.

    Sébastien F. (dit DrGonzo)

    PS: bizarrement j'ai la crève depuis que j'ai fait mon premier post sur ce blog (il y a 4-5 jours)...ta maladie ne serait-elle pas un cyber virus à transmission interpokérienne??

  3. gravatar

    # by kipik - 3:13 PM

    merci bcp !

    gonzo : sorry pour la crève, je jure que je n'y suis pour rien !!!
    (et réponse dans les jours à suivre)

  4. gravatar

    # by draculito - 2:44 PM

    Et moi je profite de ce post pour te remercier pour tes précédents conseils sur le jeu shortstack.
    Simples, clairs et qui portent déjà leurs fruits ! GL Kipik.

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    # by Carlit - 2:33 PM

    Merci pour cette video qui donne au débutant que je suis une approche bien plus "pro"du poker et m'aidera sans doute à franchir une étape(bien que mon but ne soit en aucun cas de devenir pro, mais si on choisit un jeu, autant tenter de s'améliorer, avant c'était les échecs, mais j'ai renoncé à apprendre toutes les ouvertures par cœur pour vraiment franchir un palier !). Ces vols extrêment fréquents sur des "cibles" parfois éloignées sont très intéressants mais à mon avis (me dire si je me trompe) inexploitables sur les mtt à faible buyin qui sont mes champs d'entrainement, car il y aura toujours au moins un calleur chez les gros tapis situés entre la cible et le voleur. D'autre part as-tu l'aide systématique d'un tracker pour déterminer le type de jeu des adversaires ou as-tu un sens de l'observation très aiguisé par la pratique ?
    Quant à la crève, petit rappel: sans clopes, toux=8j, avec, toux= au moins 30 jours ;-)

  6. gravatar

    # by kipik - 7:47 PM

    oui, j'utilise un tracker
    mais j'observe aussi beaucoup, un tracker ne donne que des informations statistiques qui ne dessinnent qu'une image vraiment trop "basique".

    et, oui, le vol ciblé est très périlleux si on ne dispose pas de la bonne table : des joueurs très tights qui laissent beaucoup de fold equity. C'était le cas de ce tournoi (où 80% des joueurs ne rêvent que de rentrer dans les places payées) avec une table très passive. Ca reste assez rare sinon... à moins d'arriver à proximité de la table finale

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