Et si, finalement, j'étais clitoridienne ?

Beaucoup de réactions suite au post d'hier. Ca me sidèrera (moche ce verbe mais tant pis) toujours qu'on puisse réagir avec autant de sincérité à un inconnu qui poste ses petites misères. Je serais vous, je n'en aurais rien à battre de ce con de kipik. Bien fait pour sa gueule, d'abord ! ;)


Ceci dit, j'ai bien fait de ne rien publier plus tôt. Si le texte d'hier vous a donné l'impression que je n'étais pas bien dans ma tête (ni dans celle de personne d'autre, no vessel here -amis cinéphiles, bonjour), qu'est-ce que ça aurait donné ?

En fait, pas de panique. Tout va plutôt bien. Car, malgré tout, le moral tient. Et le dernier post était surtout une façon d'amener cette révélation : je ne joue pas bien. En ce moment (trop facile comme vanne, épargnez-vous). Et le manque de chatte est surtout une bonne façon de se masquer cette réalité.

Prenons cette nuit, par exemple :

  1. $22 UB, out QQ vs KT
  2. $11 PS, out KJ vs A7
  3. $5+R UB, out KT vs KQ sur KJ9 mono (le T pour moi, la Q pour lui)
  4. $27.5 PS, out AK vs 99
  5. $3+R PS, out 77 vs 66
  6. $5 PS, out 33 vs K8 sur K93 (runner runner 88, nice, 6ème set battu par top pair cette semaine)
  7. $.50 UB, KK contre AA puis AK battu par A9

Vu comme ça, ça pue en effet le bon poissard. Mais, en élargissant un peu le champ, une autre réalité se dessine :

  • $22 UB : super bad call avec A8 en vol où je laisse 1/3 de mon stack
  • $11 PS : super bad call avec pp4 limpé, mon voisin ultra aggro shove et j'espère un coin flip. Là aussi, 1/ de stack qui s'envole . Le push du KJ est lui-même moche avec 12BB contre un bouton aggro (donc débile sur un $11) et big (ça ne les rend jamais intelligent, ça)
  • $5+R UB : je suis second à la fin des rebuys et laisse les 3/4 de mon stack avec bottom set sur un flop mono contre deux gugusses qui annoncent adorer le flop. Difficile d'éviter de perdre plus d'un quart. Mais payer le double all-in au turn était absurde...
  • $27.5 PS : ça se passe dans les trois premières minutes, je n'ai pas la position, aucune idée de pourquoi mon tapis décolle. Il est encore en orbite en attendant l'avis des experts...
  • $3+R : difficile à éviter sur un flop 456 entre deux tapis pas si profonds
  • $5 PS : ok, là, rien à redire. lol
  • $6.50 UB : au moins deux très loose call. Jamais pour énormément de jetons. Mais c'est autant de fold equity (et de liberté) qui manque pour la suite.
Et si on recule encore, pour un plan plus large :

  • $22 : le vol était inutile. Le call tendu par les burnes à 2.2:1.
  • $11 : limp + call shove, donkey !
  • $5+R : pas de reraise pf ? Pas de raise au flop en position ?
  • $27.5 : lol, va te saoûler kipik
  • $3+R : pas de reraise pf alors que le gars est super aggro ?

Traduction : déchatter est une chose. C'en est une autre de se mettre dans des situations où déchatter une main devient critique.

D'abord car on saute du coup plus facilement (obv ?). Ensuite car cette main a un impact psychologique plus fort. Si vous avez 15k chips et perdez avec KK contre la paire de 9 d'un gars qui a 2500 jetons, vous vous en branlez. Royalement. Si, par contre, c'est à la bulle pour vos 15BB contre un gars qui en a 50 , ça va vous marquer bien plus. Et, au lieu de vous interroger sur "pourquoi j'avais 15BB et lui 50. Est-ce que j'aurais pu faire mieux ?", seule la malchance qui vous pousuit avec un nouveau 2 outers monopolise les pensées.


Parce que les 2 et 3 outers, ils sont toujours là. Même dans les périodes où on "run good". La différence, c'est qu'ils n'ont pas le même impact. Soit car leurs conséquences sont limitées (on a généralement un tapis qui encaisse mieux). Soit car, sur les autres tournois en cours, le bon poker qu'on produit compense plus que largement cette "petite misère". On l'oublie vite car on a mieux à penser ailleurs.


Evidemment, toute la perversité de la chose est qu'il est généralement impossible de déterminer si c'est parce qu'on a relaché son jeu qu'on a commencé à se prendre des mauvais coups qui ont ensuite profondément marqué psychologiquement. Ou l'inverse. Et on a "logiquement" plutôt tendance à croire que ce serait plutôt l'inverse. C'est tellement plus rassurant...

Et peut-être est-ce même, d'ailleurs, le cas. Peu importe, en fait. L'important, c'est que son jeu (enfin, mon jeu en l'occurence) s'est détérioré. Au point de n'avoir plus grand chose en commun avec ce qu'il était il y a à peine un mois. Ce qui m'amène à jouer bien plus de situations délicates. Et, donc, à augmenter l'impression (cette fois, bien réelle), que je déchatte comme pas permis.

J'avais dit je ne sais plus quand que tout le travail en tournoi était de limiter au maximum la variance. Autrement dit, à éviter autant que possible les situations délicates. Ces derniers temps, j'aurais plutôt tendance à faire l'inverse. Loose calls, vols qui tournent au drame, mains mal protégées, mauvaise appréciation de la fold equity, etc etc etc.

Le plus surprenant est de parvenir malgré tout à s'étonner que la sanction tombe régulièrement. Et à en accuser la malchance. Quand tout prouve qu'elle n'est qu'une conséquence. Pas, et de loin, la cause.



Quand Scorcese loupe l'Oscar avec Raging Bull (une année de folie, tout de même. Ordinary People qui bat Elephant Man, Raging Bull et Tess... fallait le vouloir. Tout comme "Moscow Does Not Believe in Tears" qui prend le Film étranger face à Kagemusha et Le dernier métro... bonne chance pour trouver cette perle soviétique où que ce soit, lol - et si vous y arrivez, merci de me dire où, je la cherche depuis un moment ;)), on peut parler de badbeat. Il n'a pourtant pas commencé à tourner de la merde pour autant. Après cinq badbeats de suite, il ne s'était pas reconverti dans la réal de sitcoms. Ni même ne s'est-il tiré une balle dans le pied. D'aucuns auraient pu être tenté...

Il m'aura suffi d'une semaine étrange à enchaîner les demi-finales, et à m'en énerver au lieu de m'en flatter, pour commencer à ne plus faire que de la figuration. Muette, même, la plupart du temps.

Reste à se remettre à jouer correctement maintenant que j'ai les yeux ouverts. Que les SNG me les ont ouverts. Etonnamment, c'est en effet grâce à cet exercice qui pardonne beaucoup moins que j'ai pu voir ce qui n'allait pas (plus) dans mon jeu en tournoi. Parce que, en SNG, sous la pression de l'impératif de rentrer dans les places payées, j'ai dû me contraindre à appliquer la discipline que je n'arrive plus à suivre en tournoi. Et que j'y arrive, en fait, avec énormément de facilité. Même en en jouant dix de front. Même en devant faire des choix bien plus rapides. Quasi automatiques.


Le fond du problème, c'est que je n'arrive plus à tenir la durée d'un tournoi. Je n'ai plus l'énergie nécessaire. Et plus j'avance, plus je me relâche. Quelque part, cette succession de tables finales manquées d'un rien a fait germer une petite graine nauséabonde qui ne cesse de pousser en me faisant sortir du droit chemin. Au point que j'ai même l'impression de ne plus y croire dès le début. De m'inscrire en espérant un miracle. Au lieu de me battre.

Peut-être ai-je tout simplement un peu trop abusé des tournois. Je n'en sais rien. Ou abusé tout court. J'avoue que mon esprit est aussi plus "vagabond" depuis quelques temps. Le poker est chronophage. Il est aussi monomaniaque (monothématique ?) : je n'arrive plus à trouver l'envie de faire autre chose. En particulier d'écrire. Et je crois que cela commence à me manquer. Il est donc probablement normal que c'est dans son expression la plus "longue", les tournois, que la défaillance se fait le plus rapidement, et le plus violemment, sentir.

Peut-être est-ce aussi le fait de jouer "au bureau" et plus vautré dans mon canapé qui change la donne ? Cette nouvelle position conviendrait alors bien aux SNG mais pas du tout aux tournois ?

Pourquoi pas. Je n'en sais rien moi-même. Ce dont je suis certain, par contre, c'est qu'il y aura une pause dans les tournois pendant quelques temps. Il ne sert à rien d'en faire si on ne part pas avec une vraie volonté de se battre. Avec l'envie de gagner.

Si cette énergie et cette volonté se sont transférées sur les SNG, ainsi soit-il.


En attendant, je vais arrêter là pour aujourd'hui. Pour ceux qui s'inquiéteraient encore, le mois de février n'est pas non plus une catastrophe. D'abord car il n'est pas fini; et j'ai bien l'impression que l'envie est en train de revenir (la preuve, j'écris). Ensuite car je suis tout de même dans le positif. Pas de beaucoup; mais tout de même un petit peu. Pas grâce aux tournois; mais même dans ce registre, je suis à jeu. Mais pourquoi pleure-t-il, alors, ce con ?

Et ce sera tout ce kipik (qui ne se prend pas pour Scorcese lol) pour aujourd'hui...

  1. gravatar

    # by Anonyme - 3:23 PM

    On se fouette beaucoup trop nous les gens doués du poker. Par exemple, en cash games je vois des donks qui perdent plusieurs buy in en jouant comme des maniaques pendant des heures et qui rechargent encore et encore. en sng, des tarés se mettent all in au moindre coup de pet toute la journée, en MTT des idiots se remplissent la gueule de jetons pour se faire vider par les requins à deux minutes des places payées... Quand je vois ce triste spectacle, je suis super heureux de faire partie des 5% de gens qui sortent des chiffres positifs à la fin du mois. Faut relativiser y a pas beaucoup de "cons" au monde (dans la galaxie, l'univers connu?) qui tiennent 15% de ROI, tchapo! continue, et courage, si les cons volaient tu serais déjà chef d'escadrille. J'adore ton blog!

  2. gravatar

    # by Lucye - 11:14 PM

    Bonne analyse mon cher kipik.
    Réussir à se détacher du résultat dans un sng me parait effectivement plus facile que dans un tournoi.
    L'investissemnt en temps/énergie y est bien plus grand.
    et les 2.3 outers que tu perds font bien plus mal.
    Moi de mon coté je joues trop a un autre jeu online, pour me lancer dans le poker meme a de petites limites. les quelques parties irl avec des copains me sufisent amplement
    A +
    Deadline

  3. gravatar

    # by Anonyme - 3:41 PM

    Salut,

    Quel titre!!! Quel titre donc, au point que, passant le choc de sa lecture, je me sens obligé d'aller me verser un verre entier de soda agrémenté d'une bonne cigarette "maison" avant de lire le reste du post.

    Et quel post!!! Je dois dire que, de mon point de vue, ce post est l'un des plus beaux que tu aies écrit à ce jour. Il déborde à la fois de lucidité, de sincérité ainsi que de cette métaphysique nécessaire qui distingue le banal du sublime.

    Voila, je me sentais juste dans l'humeur de souligner à quel point ce post, si bien écrit,à coeur ouvert, m'a rappelé pourquoi j'aimais venir lire ce blog régulièrement.

    Kipik t'est comme un good beat: "archi-sick" mais tellement bon!!

    DrGonzo

  4. gravatar

    # by Anonyme - 6:02 PM

    ça se passe dans les trois premières minutes, je n'ai pas la position, aucune idée de pourquoi mon tapis décolle. Il est encore en orbite en attendant l'avis des experts...

    J'avoue avoir explosé de rire en lisant ca :D J'aime trop l'expression!

    Et Bravo pour ton blog qui relate le quotidien pas tjs facile d'un joueur de poker.

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    # by kipik - 8:05 PM

    la prochaine fois, passez par Interflora ;)

  6. gravatar

    # by Anonyme - 12:53 AM

    Ok...tu préfères des bégonias ou des tulipes. Parce que si tu préfères les tulipes dis le moi, je suis en Hollande la semaine prochaine!!!

    DrGonzo

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