Addicted (to bass, histoire de rester musical)

Suis-je result oriented ?

Accusation intéressante suite au post d'hier. Et sur laquelle je vais répondre en deux points :

Par rapport au shove avec A8o sur un weak limper, non. Je sais que mon move est +EV. Je n'ai même aucun problème avec. A le faire régulièrement. Et je continuerai ainsi très longtemps... j'espère. Ce que je voulais dire, hier, est que la situation ne s'y prêtait pas forcément. Malgré l'absence de fold equity, le play est +EV. Certes. Mais pas forcément, stratégiquement parlant, le choix le plus +EV possible. Or, c'est cette ligne (la recherche de l'action la plus +EV) qui doit nous guider en permanence.

Ici, vu la dynamique de la table, j'ai de superbes spots pour open shove avec une fold equity maximale. Aucun des quatre joueurs derrière moi ne va payer light. Et, dans le pire des cas, mes 8bb vont me permettre de tenir assez longtemps pour trouver un meilleur spot qu'un probable 60/40 sans fold equity.

C'était pas forcément clair tel qu'écrit hier. Mais ça n'était en aucun cas result oriented. J'ai push car je savais être dans une situation +EV. Mais j'ai push un peu rapidement justement car c'était une évidence. Et n'ai pas cherché à réfléchir un peu plus à la situation. Au pire, j'aurais peut-être tout de même envoyé la boîte après réflexion. Mais ça aurait alors été en tenant compte de tous les facteurs. Ça n'était pas le cas sur cette main. Et c'est cette absence de réflexion "complète" que je me reproche.


Ceci dit, oui, je suis extrêmement result oriented. Pas sur la main en cours. Mais en fonction des résultats du moment. J'ai eu la semaine dernière une petite causette avec Bertrand sur le sujet, et il est flagrant que des dynamiques positives et négatives viennent influer sur notre jeu. Sans forcément qu'on s'en rende compte. Je ne sais pas pour le cash game, et je me garderai bien d'aller jusque là. Mais, au moins pour les tournois, c'est pour moi une évidence.

Certains joueurs sont peut-être capables de jouer à l'identique selon qu'ils viennent d'enchaîner les perfs. Ou qu'ils sont dans une période où rien ne se passe correctement. Et beaucoup vont d'ailleurs clamer haut et fort que ça ne change rien pour eux. Mais je ne pense pas que ce soit réellement le cas. Et je sais que ce n'est pas mon cas. Je commence tout de même à avoir enchaîné pas mal de "cycles" fastes et néfastes pour ne plus me cacher : ma tendance du moment influe sur mon jeu.

Ne serait-ce que parce que cette tendance, ma réussite, influe sur mon mental. Il y a un kipik en réussite. Joyeux. Optimiste. Ouvert. Et un kipik qui run bad. Renfermé. Silencieux. Irritable.

Croire que les deux vont aborder chaque décision de façon absolument identique me semble au mieux illusoire. Plus probablement un mensonge qu'on se fait à soi-même. Le poker, et plus encore le poker de tournoi, est un jeu de petits edges. Un petit rien en plus ou en moins dans la range qu'on donne à son adversaire, par exemple, ou dans l'estimation de sa fold equity, ou de l'edge minimal sur lequel on accepte de gambler, suffit à changer complètement l'analyse d'une situation.

Il est peut-être possible pour certains d'estimer les ranges ou la fe à l'identique 365 jours par an. Et je les envie. Mais ce n'est pas mon cas. Je le sais. Je l'ai admis. Et je m'en porte bien mieux depuis. D'ailleurs, si je continue à jouer quelques low buy-ins en début de session, c'est aussi pour tenter de savoir si je suis plutôt dans une journée où j'estime un peu large; ou l'inverse. Ou si je paie un peu loose; ou pas. Et ajuster le tir ensuite.

Il y a des jours où l'on se réveille maussade. Et d'autres avec une érection de tous les diables. Et ce seront deux journées bien différentes que l'on vivra. Il y a des jours où je n'ai qu'une envie : jouer au poker. Et d'autres où je me réveille avec l'envie d'écrire. Peut-être ne vais-je rien écrire de bien. Ou même bloquer sur la page blanche pendant des heures. Et peut-être, finalement, que ce sera une bonne journée autour des tables vertes. Mais si je passe outre mon envie d'écrire, je ne ferai rien de bien. Tout ce que je sais, c'est que "mon cerveau" ne fonctionne pas à l'identique chaque jour. Et que la seule chose que je puisse faire, c'est faire avec. Tenter de comprendre quelle est la "tendance" du moment. Et essayer d'en tenir compte dans chaque prise de décision.

Évidemment, il y a Shaundeeb. Mais il est une énigme pour beaucoup. Parce que, pour la majorité des joueurs, et ça inclut les meilleurs comme below, moorman ou AJK, on a tous des périodes fastes. Et de longs passages dans le néant. On vit tous des dynamiques positives. Et d'autres négatives. Si vous en doutez, lisez un peu les blogs/posts des uns et des autres. Le plus surprenant, en fait, est d'ailleurs la vitesse de sortie d'une période négative. Mais c'est ainsi que fonctionne le poker de tournois : de longs enchaînements d'échecs. Avec une part de responsabilité plus ou moins grande. Ou l'univers semble se jouer de vous. Où les probabilités sont aussi utiles qu'un implant mammaire à un aveugle. Et, tout à coup, comme surgie de nulle part, la win! Qui fait tout oublier. Qui suffit à pardonner à l'univers ses pêchés passés. Qui réconcilie avec les stats. Avec soi-même. Et la qualité de son jeu.

Le but du jeu est, bien évidemment, de faire que cette alternance positif/négatif n'influe pas sur nos prises de décision. Ou, en tout cas, qu'elle influe le moins possible. Qu'on soit capable, peu importe la tendance, de faire une analyse correcte. Et d'y répondre de la meilleure façon. Mais cela reste un but. Et cela exige un travail constant contre soi-même. Contre son humeur. Contre ses pensées parasites. Pour y arriver, il est nécessaire d'admettre que ce n'est pas toujours le cas. Que, parfois, on se laisse déborder. Ou, au moins, influencer.

Étonnamment, ou pas, d'ailleurs, être dans une tendance positive n'est pas sans risque. Sans défi. Excès d'optimisme. Prise de risque supérieure. (sans aller jusqu'au laxisme, même si ça arrive aussi, il y a autant de risques à sombrer dans la paresse intellectuelle quand tout va bien que de tomber dans le fatalisme quand tout rentre systématiquement en face).


Bref, car j'ai fait un fleuve là où je pensais juste pisser quelques lignes : le poker est un combat permanent. Contre soi-même. Et c'est un combat plus facile à mener quand on est dans une dynamique positive. Quand les résultats viennent "confirmer" nos prises de décisions. Encore une fois, c'est la façon dont notre cerveau fonctionne. Quoi qu'on fasse pour lutter contre, pour penser long terme, pour se détacher de l'instant, du résultat, des milliers d'années d'évolution, de survie, s'opposent à nous. Cherchant en permanence le réconfort qu'apporte un résultat "conforme" à la décision prise.

Ça n'a rien d'un combat gagné d'avance. Ni même jamais définitivement acquis. Demain, il faudra remettre ça. Passer outre le fait qu'on puisse enchaîner 20 tournois en une soirée, comme hier, où rien ne marche (ok, tilté complètement sur la fin et conscient de le faire. Perdu beaucoup de lucidité après avoir perdu un monster pot assez deep dans un $22 KK vs QQ vs AQ, puis bullé le $33 d'UB et un $55). Et remettre ça comme si de rien n'était. Nettement plus facile quand on subit l'influence positive d'un bon run. Que quand on est en train d'enchaîner ce genre de séries depuis des semaines...

Et ce sera tout ce kipik en verve pour aujourd'hui


PS : on m'a demandé pour le 27.5. Oui, je pense faire un 3ème enregistrement, le second ayant aussi foiré vu que j'ai plug le jack dans la prise casque du portable, gg. Mais j'ai un truc urgent à faire pour "lancer pnews" avant et mon week-end sera off. Donc sans doute en début de semaine prochaine.

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    # by Anonyme - 5:16 PM

    "Il y a des jours où je n'ai qu'une envie : jouer au poker. Et d'autres où je me réveille avec l'envie d'écrire."

    T'es trop lisible kipik c'est un gros leak. Avec la longueur de ton post on voit que t'as clairement envie d'écrire. Qui plus est c'est bien trop polarisé comme range d'envie pour rivaliser avec les joueurs que tu croises. Je serais toi je rajouterai des envies de boire, de b****, 'fin je sais pas quoi c'est toi l'artiste MERDE ALORS!

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    # by kipik - 5:35 PM

    :)

    je n'ai pas donné les fréquences, ça n'est pas si polarisé que ça. D'autant qu'il y a aussi des jours "envie de boire", "envie de glandouille"...

    sinon, oui, day to write, obv. Mais, à la base, pas pour le blog. Une chose en entraînant quinze autres, et l'inspiration étant aussi hasardeuse qu'un 3 outers au turn...

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    # by Anonyme - 5:48 PM

    J'en ai connu pour qui les 3 outers turn n'étaient pas hasardeux du tout, dans les 2 sens d'ailleurs ;)

    Bonne continuation en tout cas et au plaisir de te relire.

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    # by Dr Sp@des - 7:55 PM

    putain, ça c'est du post !
    J'en suis tout retourné.
    Paradoxalement tu m'as redonné la niak !
    merci Kipik, un bonheur de te lire...
    GL FTW !

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    # by Anonyme - 7:39 PM

    Très beau post (TOP 10 ever...?). Dis moi il n'y a pas qu'au poker que tu es en forme en ce moment!

    Et dans ce post (un poil long) se trouve étalé un concept absolu auquel on doit tous notre salut de joueur de tournois (oui, sauf shaun deeb):l'humeur.

    Admettre que celle ci a une quelconque influence sur une décision ponctuelle en tournoi c'est déjà commencer à résoudre le(s) problème(s) que celle ci peut nous poser au quotidien. Et dans un tournoi, plus particulièrement.

    Définitivement un post à relire parce que, clairement, il contient l'expression d'une problématique essentielle pour le joueur au long terme.

    DrGonzo (lecteur philosophe...de comptoir obv)

    PS1: l'aveugle il a le droit d'avoir des mains quand même!!!!

    PS2: cool pour la vid' du 27,5$. GL pour la 3ème prise ;)

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    # by kipik - 2:21 AM

    yep, la dynamique du moment influe sur la vie en général. En tout cas, dans mon cas. Probablement un défaut. Mais je suis un bien meilleur compagnon quand le poker me réussit bien. Et mon envie/désir d'écrire va avec...

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